Avant de poser mes valises et mon atelier ici en Ariège, j’habitais juste au pied du massif des Bauges. Et s’il y a bien une histoire qui me tient à cœur quand on parle du travail de la matière, c’est celle de l’« argenterie des Bauges ».
Le massif des Bauges, coincé entre Chambéry et Annecy, a donné son nom à une tradition de tournage sur bois si particulière qu’elle continue, aujourd’hui encore, de porter ce surnom presque moqueur.
Le secret : le bois d’érable et le tour à perche
Dans le massif des Bauges, les hivers étaient longs, rudes, et la neige bloquait tout. Les paysans devenaient alors tourneurs sur bois pour occuper les mois d’hiver et compléter leurs revenus.
Ils utilisaient principalement le bois d’érable local (érable plane, érable sycomore, érable champêtre, érable d’Italie) : un bois clair, dense, au grain très fin, et de couleur blanche.
Ils fabriquaient des écuelles, des cuillères, des louches et des gourdes d’une finesse incroyable. Cette vaisselle claire brillait tellement sur les tables de ferme qu’on l’a baptisée ironiquement l’« argenterie des pauvres », puis tout simplement l’argenterie des Bauges.
Les pièces étaient réalisées en bois vert, au tour à perche. À l’époque, pas d’électricité : il s’agit d’un tour à bois sans moteur, actionné au pied, une corde accrochée à une perche flexible faisant office d’entraînement. Les outils utilisés étaient des crochets. Une grande différence avec les tours motorisés d’aujourd’hui, est qu’il s’agit de tours alternatifs, tournant dans un sens puis dans l’autre. Avec de la maîtrise, on peut ainsi réaliser des pièces avec une poignée, comme des louches par exemple.
Mais cette vidéo de Laurent B. et Guillemette C. vous en apprendra bien plus. Jean Paul Rossi vous racontera l’histoire de l’argenterie des Bauges. En fin de vidéo, vous découvrirez également une belle démonstration de tour à perche:
Aujourd’hui encore, quand je façonne une écuelle en bois ou une cuillère artisanale, j’aime penser à ces tourneurs baujus qui faisaient voler les copeaux au coin du poêle il y a deux siècles. Le matériel a évolué, mais le plaisir de transformer un morceau d’arbre en objet de table est resté intact.